Hommages

"Le héros est tombé dans sa dernière lutte, celle qu’il poursuivait contre l’ange de la mort. Dans cette bataille tous finissent par succomber, mais le Rabbin Roitman a eu le dessus sur la mort tout au long de sa vie. Il a vaincu le désespoir, le doute et la faiblesse. Il s’est battu et a gagné la bataille. [...]" - Shlomo Aviner

Le Rabbin Combattant (Hesped) - Shlomo Aviner


Ainsi, toute sa vie il a combattu ; on peut donc le surnommer : le Rabbin combattant. Il a combattu sans tambours ni trompettes, mais en silence et avec certitude il remporta toutes les batailles. A l’âge de quinze ans il commença déjà à combattre. Il fonda à Metz le groupe « de la jeunesse ». Plus tard, lorsque la deuxième guerre mondiale éclata, il organisa des cours judaïsme à Toulouse, ville où il trouva refuge. Les dirigeants de la résistance juive en France furent pour la plupart issus de ce groupe d’étudiants. Pour qu'il soit bien clair une bonne foi pour toute, que la Thora n'est pas une matière que l'on médite de manière reposé sur un fauteuil, mais qu'elle a la vocation d'être la force de combat. Ce fut là la première lutte du Rabbin Roitman qui fut décoré pour son héroïsme dans la résistance.

Après la guerre à laquelle il réchappa par miracle, le Rabbin Roitman renonça à ses études de médecine et décida de consacrer sa vie au Peuple Juif, de guérir son corps plus que son âme afin de reconstruire ses ruines après la Shoa. Dans ce but, il entra étudier au séminaire rabbinique en France non pour devenir un respectable Rabbin de communauté mais pour être le Rabbin de la jeunesse à laquelle il était particulièrement attaché . C’est peut-être ce contact avec la jeunesse qui le garda toujours jeune d’esprit.

Ainsi au terme de ses études rabbiniques il renonça définitivement à une carrière de Rabbin pour se tenir à la tête de la section religieuse du département de la jeunesse pionnière de l’agence juive en Europe et en Afrique du nord. Cet idéaliste commença alors son deuxième combat : la création du Bné Akiba dans toutes les villes de France et d’Europe. Il ne se permit point de s'asseoir sur son siège, mais il devint un rabbin « errant », voyageant de train en train, en Belgique, en Hollande, en Scandinavie, en Suisse, en Italie, en Autriche, en Grèce, au Portugal et en Afrique du nord. Partout, il mettait en place des structures dans lesquelles il insufflait son esprit. Il encaissait avec humour toutes les prévisions pessimistes. Il croyait fermement en son action et réussit.

C’est alors que survient le troisième combat du Rabbin Roitman. En 1958, les Juifs expulsés d’Algérie arrivèrent en France et furent dispersés dans des endroits isolés. Contrairement à l'indifférence rigide des organismes envers ces frères en difficulté, le Rabbin Roitman enrôla de sa propre initiative des centaines de jeunes intellectuels juifs, les envoya dans les banlieues et créa ainsi le mouvement « Torah Vetsion » qui prit en main une centaine de milliers de réfugiés et les intégra à la vie communautaire. La devise de notre Rabbin combattant était « parler peu et agir beaucoup ». Il créa ainsi un nouveau mouvement «Tikvaténou » pour la jeunesse moyennement religieuse. Le quatrième combat fut la victoire à la modestie. C’est ainsi qu’en tant que véritable sioniste il monta en Israël en 1970. Cet homme de prestige abandonna sa position élevée et respectable pour devenir un simple citoyen, ce qui concordait avec son caractère modeste, lui qui refusait qu’on le nomme Rabbin mais demandait à être appelé simplement Paul sans aucun titre.

Et pourtant il entreprit un cinquième combat face à la misère des quartiers défavorisés. Il décida qu’il fallait tendre la main vers ces frères, et redonner de l'espoir à ces enfants. Avec le concours d’une poignée d’étudiants bénévoles, il fonda en Israël le mouvement parallèle à « Torah Vetsion » qu’il nomma « Torah Betsion » en faveur des familles en difficulté. Le manque de structure pour cette jeunesse le conduisit à créer « Tsedek » la version israëlienne de «Tikvaténou». Ces enfants désœuvrés et jetés à la rue sont accueillis à bras ouverts sans aucune sélection. Religieux, traditionalistes ou non-religieux reçoivent des repas chauds, bénéficient d’aide scolaire et de soutien affectif ainsi que de camps de vacances subventionnés. Ainsi ils sont formés à devenir les futurs cadres dirigeants de leur région.

Ce Rabbin combattant, éducateur et idéaliste fonda ainsi un mouvement de jeunesse éducatif, social et national religieux qui manquait tant dans le paysage israëlien. Tel était le Rabbin Roitman. Il savait où et quand mener son combat. Oui, le Rabbin Roitman était un fanatique. Mais non un fanatique destructeur mais constructeur. Bien au contraire il désapprouvait tout extrémisme, car avant tout il était un homme. Il savait s’obstiner pour de bonnes causes. Il ne rejetait pas ce qu’il réprouvait, mais préférait construire de nouveaux mondes. C'est pourquoi il était aimé de tous, même de ceux qui ne partageaient pas ses idées. Il a su être un grand dirigeant dans toutes les situations et comprendre ce dont la nation avait besoin.

Ce n’est pas pour rien que le rabbinat de France lui octroya le titre de Grand Rabbin. Car il était une grande tête, un grand dirigeant. En effet sous la couverture de cet homme déterminé, résidait un grand cœur, un cœur humain, non pas un cœur pleurnicheur mais un cœur aimant. Dans sa grande modestie il ne savait pas que la Providence Divine l’avait choisi pour accomplir ces grandes missions y compris la dernière dans laquelle il apparut comme l'homme de la justice (=Tsedek). Il fut comme les véritables sages qui n’ont jamais de répit et vont toujours de l’avant. A l'entente de toutes ces vraies louanges, ce Tsadikk caché, ce courageux, le Rabbin combattant, hoche certainement la tête, mal à l’aise, avec cette position qui lui est caractéristique, mais nous profitons de son absence pour lui exprimer toute notre reconnaissance.

Merci notre maître, Merci.


Innauguration de la Place Paul Roitman à Jérusalem


La ville de Jérusalem a souhaité rendre hommage à cette figure marquante du judaïsme francais de l'après- guerre en nommant, privilège exceptionnel, une place dans le centre-ville à son nom. Au cours de la cérémonie à laquelle assistèrent des centaines de personnes ainsi que les enfants, petits enfants et arrières petits enfants de Paul Roitman, de nombreuses personnes prirent la parole pour lui rendre un hommage appuyé. Gilles Pecassou, Premier Conseiller à l'ambassade de France en Israël rappella son rôle après la guerre auprès des jeunes Juifs pour les "renouer avec leur identité nationale et religieuse avec pour objectif de faire renaître le peuple juif de ses cendres". L'ancien Grand rabbin de France, René Samuel Sirat, qui vit aussi à Jérusalem rappella avoir connu Paul Roitman à Bône en Algérie avant l'indépendance et leur amour commun pour Jérusalem. Julien Roitman, fils du Rabbin et Secrétaire Général de la Fondation CASIP-COJASOR racontat l'amour indéfectible de son père pour Israël et Jérusalem et retraca son activité communautaire durant toute sa vie jusqu'à son décès le 21 aout 2007.