Léa Roitman (1919-2014)

Née en Galicie, Léa Schleider émigre en France avec ses parents, à la fin des années 1920.
Elevée à Lens, dans une famille religieuse et sioniste, elle baigne au sein d’une vie communautaire très active. En même temps qu’elle adopte pleinement la culture française, elle garde très vif le sentiment de son appartenance juive.

Léa Roitman en vidéo

"https://youtu.be/JbWA2Q7HSlU"

Biograhpie

En 1940, elle se retrouve sur les routes, en direction du Sud. A Toulouse, en 1942, elle rencontre Paul Roitman, fondateur et animateur d’un cercle d’études d’où allaient sortir les premiers cadres de l’Armée juive. Ils se fiancent aussitôt. Jeune assistante sociale, Léa s’engage dans l’action résistante. Son rôle principal : apporter aux juifs cachés les faux papiers qui leur permettront de sortir et de se ravitailler. Elle prend souvent le train, circule en vélo. Parfois, elle est suivie : elle entre chez un coiffeur, ou une couturière, prenant le risque de leur demander de l’aide. Un jour, à la descente du train, à Toulouse, c’est la perquisition. Pour une fois, elle n’a rien de caché dans le talon de ses bottes. Mais dans son grand sac, il y a un paquet d’environ 100 fausses cartes, enveloppé dans un vieux papier journal. Sa première pensée : « pourvu que je tienne sous la torture ». Quand son tour arrive, elle reste jolie et enjouée. « Vous me chatouillez », dit-elle en riant. Puis d’un geste naturel, elle tend aux Allemands, de la main droite, son sac à main vide, attrapant de la gauche le petit paquet qu’elle retire d’un geste gracieux, comme pour mieux leur faciliter le travail : « Vous ne voulez pas regarder mon sac aussi ? » Les Allemands sourient, Léa replace les cartes emballées dans son sac, sourit aussi, jeune française insouciante, et ne « craque » que quelques minutes après, quand elle a quitté la gare et peut s’offrir ce luxe.

Fin 1942, avec l’arrestation et l’internement de Paul, Léa poursuit les activités initiées par son fiancé : entre autres, le Talmud Torah de la synagogue de Toulouse, qu’elle continue à faire fonctionner jusqu’à la libération « miraculeuse » de Paul en mars 1943. Le mathématicien Haïm Brézis, dont la mère a été sauvée par Léa, raconte à quel point cette femme est restée dans sa famille figure de légende pour son courage et sa générosité.

Paul et Léa se marient en janvier 1945. Ils s’installent à Paris et leur foyer devient – malgré les rudes conditions matérielles – le lieu de rencontre de la jeunesse sioniste et religieuse, rescapée de la tourmente. Léa est l’âme de cette maison où vont s’élaborer de grands projets de reconstruction et de survie.

La maison est ouverte à tous, souvent la seule adresse pour les personnes isolées ou en déplacement et les Israéliens de passage. Léa ne sait jamais, le shabbat matin, combien de convives son mari ramènera de la synagogue. Elle assume seule les week-ends où il part, vers l’Europe ou l’Afrique du Nord. Avec le développement de Thora Vezion, elle devient un symbole : celui de l’harmonie possible entre éthique et esthétique, entre modernité et tradition. Son intelligence, sa personnalité, son charme, achèvent de convaincre ceux qui ont grandi loin de la communauté, mais dont le chemin a croisé la fougue du jeune rabbin Roitman.

Paul et Léa font leur aliya vers la fin des années 1970, et poursuivent à Jérusalem leur action éducative et sociale… parallèlement, cette riche personnalité trouve à s’affirmer dans de multiples domaines : elle apprécie les marches matinales, elle étudie la guemara et l’Histoire juive, se découvre un talent pour la peinture, lit beaucoup.

Oeuvres d'art de Léa Roitman